L’Anneau de Communion
Après l’Apocalypse, alors qu’il avait rejoint les premiers disciples du Saint-Père, le Père Innocentis entendit ce que l’on nomma plus tard « l’Appel » : une voix douce mais tourmentée qui le hantait dans ses rêves les plus profonds. Le Père eut des visions qui le menèrent dans ce qui était autrefois un lieu de culte ; c’est à cet instant qu’il vit l’Anneau de Communion.
L’Anneau n’était pas d’or. Il était fait d’un métal inconnu, tiède au toucher, qui vibrait doucement selon les prières faites par le clergé. Lorsqu’Innocentis le passa à son doigt, la Terre Sainte résonna en lui. Par l’Anneau, il pouvait entendre les âmes des Justes, ceux qui reposent et nous guident depuis les tombeaux de la Terre Sainte.
Mais l’Anneau avait un prix : chaque vision, chaque murmure, dévorait une part de son âme, l’essoufflant peu à peu, le menant de crises de paranoïa jusqu’à la démence. L’extase devint dépendance ; le lien au divin, une douleur constante.
Quand les Hérétiques menacèrent la foi, l’Ordre du Temple la protégea : ce fut la troisième Guerre Sainte, qui dura de longs mois. Les impurs lâchèrent leurs créatures, des choses abominables en quête de chair fraîche. C’est lors de la Bataille de la prise d’Agapol qu’Innocentis fut mordu par une de ces bêtes ; sachant que sa seule chance était de sectionner le membre infecté, il prit une simple dague et se coupa la main droite pour stopper le mal.
L’Anneau tomba dans la boue, soudé à la main tranchée. Le Frère Wojilis, moine sans arme ni armure, se jeta dans la horde pour l’y reprendre ; on le retrouva mort, les doigts encore crispés sur la relique. Les Templiers l’emportèrent avec elle et firent retraite sur Agapol.
La horde revint trois jours plus tard ; la cité tomba au quatrième jour du siège, et brûla. Dans la confusion de la fuite, l’étui scellé fut confié à un écuyer que l’on retrouva mort, l’étui vide. Depuis, nul n’a revu l’Anneau : perdu dans la boue de la retraite, ou emporté. Personne ne le sut jamais.